Présidentielles : Obiang Nguema sur Africa 24

Par | on 27 avril 2016 | Un commentaire

A l’occasion des élections présidentielles en Guinée équatoriale, c’est le journaliste Constant Nemale en personne, fondateur et PDG d’Africa 24 qui a interviewé le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo sur son bilan et sur la campagne électorale et le scrutin qui vient d’avoir lieu dans le pays.

Obiang sur Africa 24 avril2016 2Constant Nemale :Obiang Nguema Mbasogo, vous êtes le Président de la République de Guinée équatoriale. Un pays qui a servi de modèle sur le continent lors des vingt dernières années pour sa capacité à réaliser et développer des infrastructures sur l’ensemble de son territoire. Un investissement basé sur la manne pétrolière et sa gestion qui attire toutes formes de convoitise. Toutefois, le niveau de réalisation des infrastructures et des investissements dans le social, la santé et les services de base, ne peut, en aucun cas, occulter les critiques qui ont parfois ressurgi lors de la réalisation de votre programme politique. Une diversification de l’économie qui tarde à se matérialiser et des secteurs comme l’agriculture qui devraient servir de piliers de l’économie, mais qui ne le sont pas encore. Votre démocratie est aussi marquée par un nouveau dialogue politique, un paysage politique dominé par le rayonnement du parti au pouvoir. Toutefois, le nouveau dialogue, la nouvelle organisation de la vie politique qui emmène la limitation du mandat présidentiel, le pluralisme politique sont des chantiers que vous avez tenté de concrétiser à la fin de ce mandat. Vos concitoyens envisagent un cadre de vie apaisé, des institutions solides et vous avez terminé votre campagne en disant que “cette campagne, c’est aussi quelque part, pour la dignité de l’Afrique”. Bienvenue dans cette émission spéciale ! Au lendemain de l’élection présidentielle qui s’est tenue ici, en Guinée équatoriale, pourquoi avez-vous dit que cette élection se fait aussi dans le cadre de la dignité en Afrique ?

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo : – Vous savez que tout le programme politique doit être orienté vers un sujet. Pour moi, le sujet principal c’est la dignité des Africains, la dignité des peuples. Vous savez que l’Afrique a été maîtrisée pendant longtemps par le colonisateur. Mais aujourd’hui, l’Afrique doit prendre la responsabilité de maîtriser la politique sans aucune influence. Parce que je crois que c’est comme ça que nous pouvons atteindre les objectifs que nous proposons.

“On a facilité la campagne aux autres candidats…”

– Quel est votre état d’esprit au début et à la fin de cette campagne présidentielle qui a une saveur particulière parce que vous avez annoncé que ce sera votre dernière campagne présidentielle ?

– Gagner les élections, ce n’est pas simple, on rencontre beaucoup de difficultés. Mais je savais que notre parti allait gagner. Nous étions toujours sur le terrain, chaque circonscription avait une commission de suivi qui expliquait notre politique au peuple, qui sensibilisait tous les citoyens pour les convaincre, pour qu’au jour des élections, ils votent pour le candidat de notre parti. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes implantés un peu partout. En même temps, grâce à notre expérience, nous avons organisé une campagne remarquable. C’est pourquoi, ce n’est pas aisé de nous faire battre par de jeunes candidats. Il y a toutefois eu toute la liberté, on a facilité la campagne aux autres candidats, mais ils ne peuvent pas atteindre le niveau de PDGE. Le PDGE est un grand mouvement de masse du peuple.

– Les candidats qui représentaient les partis sont : vous, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Parti Démocratique de Guinée Équatoriale et majorité présidentielle avec une vingtaine ou une trentaine de partis associés, Bonaventura Monsuy Asumu, Parti de la Coalition Sociale et Démocratique, Carmelo Mba Bacale Namabale de l’Action Populaire de la Guinée Équatoriale, Avelino Mocache Mehenga de l’Union Centre Droit, Agustin Masoko Abegue, en candidat indépendant, Benedicto Obiang Mangue en candidat indépendant et Tomas Mba Monabang en candidat indépendant. On a entendu beaucoup de critiques, on a entendu beaucoup de perspectives, beaucoup d’espoirs aussi. Nous avons reçu hier Bonaventura Monsuy Asumu sur le plateau. Il a affirmé qu’il n’a pas pu battre campagne dans tout le pays. Vous vous avez mené une campagne facile, mais vos adversaires ne se sont pas déployés facilement…

– Je crois que les candidats d’opposition doivent mener leur rôle d’opposants, c’est-à-dire, préparer la campagne. C’est la raison pour laquelle je dis toujours que le PDGE est sur le terrain, il travaille toujours. Nous n’organisons pas la campagne uniquement en fonction de la date prévue. La campagne est permanente. Les autres candidats en même temps, ils ne sont pas bien connus, surtout les candidats indépendants. Mais le candidat Bonaventura Monsuy Asumu a toujours travaillé au sein d’une coalition avec les neuf partis politiques qui étaient de notre côté. En un moment donné, il s’est séparé, il est sorti de la coalition et le peuple s’est interrogé en ces termes : comment a-t-il pu refuser le siège que lui a donné le PDGE au niveau du parlement pour aller battre campagne ? Aussi, je dis que pour participer à la campagne, pour participer aux élections, tous les candidats doivent s’organiser politiquement et économiquement pour se présenter devant le peuple. Mais je sais qu’ils se sont présentés sans expérience, sans préparation, en demandant que le gouvernement les finance. Mais la loi ne prévoit pas que le gouvernement finance les candidats. Mais nous avons quand même décidé de les financer.

– Un des candidats sur ce plateau hier a parlé de 100 millions Fcfa par candidat [soit environ 150 000 euros]. Il a dit que ce n’était pas assez…

Quand on finance, on prévoit un montant pour tous les candidats. On a donné à chaque candidat 100 millions !

– Vous confirmez ce point ?

– Oui, c’est ça !

– Lors de la campagne électorale, pendant votre discours, une chose fondamentale a marqué : vous avez mis l’accent sur la préservation de la paix. La question c’est : la Guinée Équatoriale n’est pas un pays en guerre. Pourquoi avez-vous senti le besoin de mettre l’accent sur la préservation de la paix. Est-ce qu’il y a un message particulier à travers ce thème ?

Vous savez, nous avons des détracteurs qui veulent nous déstabiliser. Il faut donc sensibiliser les peuples, il faut mobiliser les peuples pour prendre les dispositions pour éviter quelques désordres. C’est avec la paix que nous avons travaillé pour changer le pays. C’est la raison pour laquelle, selon moi, la paix est l’élément indispensable pour changer le pays, pour développer le pays. Parce que s’il n’y a pas de paix, ce serait difficile de travailler pour développer le pays. C’est pourquoi, j’ai mis l’accent sur la paix pour poursuivre notre programme de développement.

C’est le peuple qui doit inciter le gouvernement à faire une politique de bonne gouvernance…”

<--break->– Beaucoup d’Africains, d’Équato-guinéens estiment que vous avez modernisé le pays. Vos adversaires disent que c’est vrai, mais en même temps, il faut changer le mode de gouvernance qui n’est pas bon, et sur le plan de l’environnement politique aussi, il est fermé. Il n’y a pas assez de liberté. Est-ce que vous reconnaissez qu’il y a quelque chose à améliorer ?

Nous organisons toujours des dialogues. Dernièrement, nous avons invité tous les partis d’opposition qui sont à l’extérieur pour dialoguer avec eux de façon inclusive dans le pays. Cela veut dire que nous sommes ouverts. Mais vous savez, l’opposition demande toujours plus, même si le gouvernement travaille bien. Le gouvernement n’appartient pas à l’opposition, mais au peuple, parce que la gouvernance s’effectue devant le peuple. C’est le peuple qui doit inciter le gouvernement à faire une politique de bonne gouvernance. Ce que vous avez vu durant les élections, c’était un véritable appui massif des peuples qui sont prêts à continuer à nous appuyer. On n’impose pas à la personne d’accepter notre politique. Il y avait neuf partis politiques qui étaient des partis d’opposition et qui ont décidé de nous rejoindre. Il n’y a donc pas de raison de décrier notre gouvernance. On fait une bonne gouvernance dans ce pays.

– Est-ce que vous ne pensez pas que le fait d’être resté au pouvoir si longtemps a empêché le renouvellement de la classe politique, de régénérer pour avoir des idées nouvelles ?

Obiang sur Africa 24 avril2016 1 Je pense que le renouvellement de la classe politique n’est pas un rôle pour la démocratie. Je suis resté jusqu’ici au pouvoir pour des raisons liées à la volonté populaire, c’est-à-dire que chaque fois que je me présente, c’est le peuple qui demande que je reste. Mais si l’opposition souhaite l’alternance, elle doit travailler comme nous pour arriver au pouvoir. Ce n’est pas simplement de vouloir arriver au pouvoir, il faut également travailler.

– Beaucoup de personnes estiment que les élections en Guinée Équatoriale, c’est une mascarade, on connaît toujours les résultats à l’avance, le sujet n’est pas suffisamment ouvert… Apparemment, vous avez fait des efforts ces dernières années. Mais dites-nous concrètement, qu’est-ce que vous avez pu faire pour ouvrir l’horizon démocratique, de permettre à tous les Équato-guinéens de participer à la chose politique.

– Ce sont des paroles de l’opposition, qui dit que les élections sont de la mascarade. Je crois que vous avez constaté au cours des élections, que tout s’est déroulé dans la transparence. Le problème fondamental, c’est que le leader de l’opposition qui veut l’alternance, il doit travailler pour montrer son leadership, parce qu’il ne s’agit pas simplement de critiquer, mais de poser des actes de leadership pour pouvoir diriger le pays.

– Un des points particuliers de cette campagne électorale, au-delà de la notion de démocratie, a été le regard sur la jeunesse (jeunesse, formation, emploi). On vous a entendu à plusieurs reprises, aborder ces perspectives. Comment jugez-vous la situation économique du pays ? Certains la jugent pas très bonne actuellement et quels sont pour vous les perspectives et les enseignements à tirer par rapport à cette jeunesse ?

– Vous savez, après la chute du prix du baril de pétrole, on a commencé à rencontrer des difficultés économiques. C’est la première fois que la Guinée équatoriale rencontre une crise…

– Vous le reconnaissez ?

– Oui, c’est la crise ! Mais elle s’est généralisée, ce n’est pas simplement la Guinée équatoriale…

– Spécifiquement à la Guinée équatoriale, on parle de 55% de baisse des recettes pétrolières…

Oui ! Ça c’est à cause des chutes du prix des matières premières et du pétrole. Mais on a commencé à nous organiser pour reprendre les jeunes employés qui avaient quitté les entreprises. Par exemple, nous avons des entreprises qui importent la main-d’œuvre plus que le pourcentage prévu par le gouvernement de la Guinée équatoriale. Nous obligeons les sociétés à reprendre la main-d’œuvre nationale conformément à la loi. C’est dire que malgré la crise, nous travaillons pour donner de l’emploi aux jeunes. En même temps, nous sommes en train de travailler pour la création d’entreprises nationales par le biais de l’industrialisation. Nous sommes en train de mettre en place des stratégies pour donner des emplois à notre jeunesse.

– Comment expliquez-vous que malgré la croissance de la population estudiantine, vous ayez conçu plus d’hôtels, plus de centres commerciaux et plus de palais que d’écoles ?

C’est la vision des opposants. C’est une fausse vision ! Non seulement, on construit des routes, des hôtels, toutes sortes d’infrastructures, mais aussi on construit les infrastructures pour l’éducation. Ce pays n’avait pas d’université. Aujourd’hui nous en avons. On va ouvrir prochainement une deuxième université. Il y a trois ou quatre centres de formation professionnelle. Toutefois, le problème qui existe c’est celui de l’enseignement privé. Il y a en effet beaucoup de centres d’enseignement privé qui proposent des prix de scolarité assez élevés. Mais j’ai donné au Ministre de l’éducation des instructions afin d’établir un prix général pour éviter que le peuple subisse des prix élevés pour ses enfants.

– Les Équato-guinéens sont portés vers l’administration. Comment comptez-vous faire pour les orienter vers d’autres secteurs comme l’agriculture, les nouvelles technologies…?

<--break-> Nous sommes en train de travailler pour orienter les jeunes étudiants à avoir plus de choix en terme d’activités. Je crois qu’il faut organiser les groupes professionnels, c’est-à-dire des gens qui connaissent déjà certains métiers, qu’on organise les entreprises dans ce sens. Par exemple, le médecin qui doit organiser une clinique, que le gouvernement l’appuie ; que les agriculteurs soient formés dans leur domaine ; dans le secteur de la construction, que la maçonnerie soit organisée dans ce sens. On fait tout ça pour éviter que les jeunes formés attendent uniquement d’entrer dans l’administration. En même temps, il faut savoir que les conditions de formation ne concernent pas que le gouvernement, obligatoirement. Le gouvernement ne doit pas absorber toute la main d’oeuvre professionnelle. Les jeunes aussi doivent travailler parce que c’est le peuple qu’il faut former. Quand j’appelle au changement des mentalités, c’est pour les gens qui n’ont pas de culture, qui n’ont pas de profession. Et nous pensons qu’il faut que tout le monde atteigne un niveau de formation professionnelle, culturelle pour servir le peuple.

(Source :  Africa 24)

1 réponse to “Présidentielles : Obiang Nguema sur Africa 24”

  1. 27 avril 2016

    Solo Répondre

    C’est tout simplement pathétique.

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