Patrima : « Dans mes chansons, je défends la cause des femmes africaines »

Par | on 7 mars 2015 | 0 Comment

PatrimaA l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes (8 mars), le quotidien français Le Monde rend hommage à neuf femmes africaines dont il dresse le portrait. Parmi elles, une chanteuse équato-guinéenne, Patrima, dont le journaliste Pïerre Lépidi avait recueilli les confidences dans une interview, publiée le 3 février dernier, lors de la Coupe d’Afrique des Nations.

Dans Bata, capitale économique de la Guinée équatoriale, elle aime déambuler avec des airs de musique plein la tête et ce sourire qui ne la quitte jamais. Avec déjà deux albums, la chanteuse Patrima est l’une des voix qui comptent en Guinée équatoriale. Cette femme de 37 ans dénonce dans ses textes les ravages de la polygamie et d’autres problèmes auxquels sont confrontées les femmes de son pays.
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«Mon style musical, c’est le machacando, une musique traditionnelle typique de la Guinée équatoriale… C’est un style posé, entraînant et qui n’est pas agressif. Il y a du piano, de la guitare, de la basse et évidemment du chant. Le machacando, c’est aussi la musique de Maélé, le plus grand chanteur équato-guinéen (1). Il a bercé toute mon enfance.»

Si les rythmes des chansons de Patrima sont joyeux, ses paroles peuvent être graves. « Dans mes textes, je défends la cause des femmes, assure-t-elle. En Afrique, elles n’ont souvent pas les mêmes droits que les hommes et sont parfois victimes de violences conjugales… Rien, absolument rien, ne peut justifier le fait qu’un homme lève sa main sur une femme ! » Ici comme ailleurs, ce sont des choses qui restent généralement confinées dans le couple. Elle, elle les raconte sans tabou dans ses chansons et tente de faire passer ses messages.

Elle dénonce notamment les ravages de la polygamie : « Elle fait naître de la jalousie entre les femmes et donc des tensions qui peuvent être graves. Il faut comprendre que, même si plusieurs femmes partagent le même mari, une seule est considérée comme l’officielle… »

En espagnol [la langue officielle du pays] et en fang [la langue de l’ethnie bantoue, que l’on retrouve notamment au Gabon et au Cameroun], je raconte leur sort « pour qu’elles apprennent à s’assumer, à se défendre et à s’émanciper. » L’indépendance de la femme ne se donnera pas, il faut l’arracher ! On ne peut pas forcer une personne à en aimer une autre. Quand il n’y a plus de sentiments, il faut avoir le courage de partir.

Dans mon premier album, il y a un titre qui s’appelle « Lo siento ». Cela se traduit en espagnol par « Je suis désolée ». Elle raconte l’histoire d’une femme qui décide de se venger de son mari, parce qu’il la méprise et la délaisse. Alors elle l’ignore à son tour ainsi que toute sa famille. Elle nargue ainsi son homme en lui disant : « Je suis désolée mais je fais comme bon me semble », sous-entendu « Je te fais subir ce que tu me fais subir… »

La politique est-elle parfois abordée dans vos chansons ?

Non, je n’en parle pas. La politique ne m’inspire pas. Je vote comme n’importe quelle citoyenne, mais c’est tout. Le combat politique n’est pas le mien. Ma cause est celle des femmes africaines.

Selon vous, comment se porte la culture équato-guinéenne aujourd’hui ?

Je trouve qu’elle a un peu tendance à disparaître. Les radios et les télévisions devraient diffuser plus de musique traditionnelle, afin que les jeunes connaissent leurs racines. À la télévision, on ne voit quasiment que des clips américains ou nigérians, puisque ces derniers ont tendance à s’en inspirer. On y voit des filles dévêtues en train de se trémousser autour d’un chanteur qui jette des billets de banque dans une piscine ou un jacuzzi… Ce n’est pas la société africaine ! Il serait temps de montrer autre chose, de faire-valoir notre propre culture auprès des jeunes. On doit réussir à susciter l’intérêt et la curiosité des autres continents.

(1) Excellent musicien, danseur émérite, compositeur et chanteur à la voix d’or, l’Équato-guinéen Maélé Ndoñg s’était installé au Cameroun pour promouvoir sa musique dans les années 1980. Son succès avait été fulgurant, de Malabo à Yaoundé en passant par Libreville.

(Source : Le Monde ; Pierre Lépidi)

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