Madrid : Des dissidents de la CORED donnent une conférence de presse

Par | on 14 mai 2014 | 0 Comment

CORED Madrid 9 mai 2014 001Madrid – Vendredi 9 mai, 15h00 : Trois ex-membres fondateurs de la CORED (Nieves Jahr Nchama, Filiberto Ntutumu Mabale Andem et Salomon Abeso Ndong), récemment exclus de leur mouvement, se sont réunis à Madrid et se sont présentés devant un parterre d’invités parmi lesquels certains leaders politiques équato-guinéens, tels que Celestino Okenve Nzang, Severo Moto Nsa (PPGE), Santiago Aparicio Abeso (CPDS) ou Marcelino Nsue, des personnalités de la société civile comme le chanteur Barón Ya Buk-Lu et le directeur du journal numérique Diario Rombe, Delfin Mocache Massoko, ainsi qu’une assemblée d’anonymes venus les écouter.

La conférence de presse s’est ouverte avec un communiqué lu par Filiberto Ntutumu Mabale Andem, qui a rappelé les dissensions internes et les circonstances qui ont amené à l’éclatement de la CORED. Refusant la sanction d’exclusion prise à leur encontre par le Secrétaire général, lequel aurait agi, selon eux, d’une manière « unilatérale » et « autoritaire », les trois dissidents ont décidé de former eux-mêmes une nouvelle coalition qui porterait le nom et les attributs de la CORED, quoique Raimundo Ela Nsang et les autres membres de la COREDleur en aient contesté le droit.

Forts des appuis qu’ils ont recueillis en Espagne de la part de Severo Moto et du PPGE, les exclus de la CORED ont élu leur propre Secrétaire général en la personne de Nieves Jahr Nchama, chef d’entreprise, originaire de Mikomeseng en Guinée équatoriale, qui réside à Gera, en Allemagne de l’est, et qui est entrée dans la coalition au nom de l’AFGE (Alternativa Femenina de Guinea Ecuatorial).

Nieves Jahr NchamaA la tribune, Nieves Jahr Nchama, s’est présentée :  « Bonsoir, je m’appelle Emely Nchama, je réside en Allemagne et je suis chef d’entreprise. Je suis la nouvelle secrétaire générale de la CORED… En entrant en politique, mon intention était d’écarter toute motivation séparatiste ou régionaliste, mais plutôt d’unir les forces entre tous les camarades afin d’atteindre nos objectifs qui sont de chasser Obiang du pouvoir. »

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La CPDS reconnait-elle la nouvelle CORED ?

Une des surprises de cette réunion a été la présence de Santiago Aparicio Abeso Mba Obono, étudiant en UCV à Valence et représentant en Espagne de Convergence pour la Démocratie sociale (CPDS). Ce parti d’opposition légalisé avait en effet signé, le 26 février 2014, un manifeste contre la CORED,  affirmant que ses représentants manquaient « de légitimité et de légalité pour parler au nom et en représentation du peuple de Guinée équatoriale » (art. 1), que la CORED était « une organisation intégrant des éléments incontrôlés et d’affinité politique douteuse » (art. 2), “des politiciens en marge des lois, dont les intentions sont contraires aux vœux du peuple et qui mettent en danger la population » (art. 4).

On peut donc s’étonner de voir un représentant de la CPDS participer à une telle réunion, organisée par ces mêmes  « politiciens en marge des lois » et « éléments incontrôlés », « dont le seul objectif est de parvenir au pouvoir par tous les moyens », quitte « à provoquer une déstabilisation institutionnelle en Guinée équatoriale ».

De même, on se souvient qu’à la conférence de Paris, les membres de la CORED avaient été unanimes pour affirmer qu’il n’y avait pas d’opposition en Guinée équatoriale, et quand nous avions évoqué le travail accompli par la CPDS, la réponse avait été que les dirigeants de ce parti avaient passé un pacte avec Obiang, de sorte que toute l’opposition légalisée était « vendue au régime »… On aimerait savoir ce qu’il s’est passé pour que la CPDS leur semble à nouveau fréquentable…

A Madrid, Santiago Aparicio Abeso  a rappelé le combat que mène son parti depuis plus de 20 ans. Il a déclaré que : « l‘unité de tous les partis d’opposition est essentielle, c’est le seul moyen de remporter la victoire. Parce que l’ennemi est plus plus fort, a plus de médias, et notamment à l’intérieur du pays où il s’est solidement établi en achetant les gens avec l’argent du peuple. Cet argent pourrait être utilisé pour résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté. »

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Celestino Nvo-Okenve, Amalio Buaki, Filiberto Ntutumu Mabale Andem, Nieves Jahr Nchama, Salomon Abeso Ndong, Severo Moto Nsa

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Quelles forces politiques représentent cette nouvelle coalition ?

Severo Moto Nsa Madrid mai 2014A la tribune, Severo Moto Nsa a assuré l’assistance de son soutien inconditionnel : « Merci de nous avoir invités à cet événement. Je veux présenter mes très chaleureuses félicitations à la nouvelle Secrétaire générale de la CORED et lui souhaiter beaucoup de succès. »

Intervention de Severo Moto Nsa. Assis à  la table : Santiago Aparicio Abeso et Luis Esono Eyoma Ona

Quelques questions subsistent cependant. A la table des conférenciers, étaient assis trois des cinq membres exclus de la CORED « historique » : l’ex-sous-lieutenant Filiberto Ntutumu Mabale Andem (Espagne), Nieves Jahr Nchama (Allemagne) et Salomon Abeso Ndong (Royaume-Uni), mais qu’en est-il des deux autres (Camilo Esono Ayong Angue Ondo et José Manuel Ibolo Kombe) ? Sont-ils partie prenante de cette nouvelle coalition ?

Le fait que certains invités soient assis à la table et non dans le public, tels que Severo Moto Nsa et son ami, le Dr Amalio Alfredo Buaki Botuy (ministre de la santé dans le « gouvernement en exil »), Celestino Okenve Nzang, Santiago Aparicio Abeso, et Luis Esono Eyoma Ona, signifie-t-il qu’ils sont entrés dans la coalition ? Si c’est le cas, quel mouvement représente Luis Esono Eyoma Ona dans cette nouvelle CORED ? Et si ce n’est pas le cas, doit-on comprendre que Nieves Jahr Nchama n’a été élue que par ses deux compagnons d’infortune ? Tous ces points mériteraient un éclaircissement.

En effet, si cette nouvelle CORED n’est constituée que des 3 membres exclus, présents à Madrid, il y a lieu de s’interroger sur le poids politique de cette coalition qui regrouperait un candidat indépendant (Salomon Abeso Ndong), la représentante d’une association : l’AFGE (Nieves Jahr Nchama), dont nous ignorons l’activité (et qui ne présente aucune occurrence sur le moteur de recherche Google), et un ex-officier de l’Armée de Guinée équatoriale (Filiberto Ntutumu Mabale Andem) qui représenterait un mystérieux Comité clandestin de commandement révolutionnaire (Comité Clandestino de Mando Revolucionario)… 

CORED Madrid mai2014 Baron.
Photo : L’artiste équato-guinéen Barón Ya Buk-Lu. Au 1er rang : Pablo Ndong Ensema et Armengol Engonga Ondo, proches de Severo Moto, responsables du PPGE et membres de son « gouvernement en exil »

La question de fond est de savoir s’il y a là une réelle volonté de relancer la CORED, débarrassée d’un leader accusé de prendre seul les décisions ou d’être entré en contact avec des piliers du régime pour négocier on ne sait quoi, ou bien s’il s’agit juste une manœuvre revancharde visant à saborder le mouvement impulsé par Raimundo Ela Nsang.

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L’unité impossible de l’opposition équato-guinéenne : une fatalité ?

Quoiqu’il en soit, voici une opération de communication rondement menée par les dissidents de la CORED. Même si celle-ci n’est pas sans rappeler le Congrès de l’Union populaire, convoqué en 2012 en Guinée équatoriale avec le soutien du pouvoir, et où une poignée de militants (dont Alfredo Mitogo Mitogo, Avelino Mocache Mehenga et Genoveva Nchama Nguema) exclus par la direction de leur parti (pour s’être prononcés en faveur de la réforme constitutionnelle du président Obiang) avaient eux-mêmes fondé une faction reprenant le nom et les attributs d’Union populaire, destituant de son poste de secrétaire général Daniel Dario Martinez Ayecaba qui avait pourtant été élu régulièrement et dont le mandait courait jusqu’en 2013.

Questionné par nous sur cette nouvelle crise dans l’opposition équato-guinéenne, un observateur du monde politique équato-guinéen nous a confié cette analyse : « Au fond, ce genre d’incidents révèle certaines faiblesses de l’opposition équato-guinéenne en exil qui ne parvient pas à se fédérer et à parler d’une seule voix. Depuis de nombreuses années, les plate-formes d’opposition ont toutes échouées. A y regarder de près, cela s’explique souvent par un déficit de culture démocratique dans le fonctionnement de ces partis politiques, souvent associé à un leader charismatique. Les égos et les luttes de personnes empêchent ainsi l’unité autour d’une même vision et pour le bien commun. Cela explique pourquoi le débat interne est quasiment impossible et pourquoi il y se produit une division dès qu’il y a une divergence de vue…  »

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La CORED est-elle morte ?

De leur côté, les membres de la CORED (dirigée par Raimundo Ela Nsang) n’ont pas abandonné leur combat. Ils tiendront une Conférence de presse à Londres, le mercredi 28 mai 2014, de 14h à 17h, au 110 Rochester Row, Victoria.

Cette CORED “canal historique” est encore constituée de 7 partis et associations coalisés avec pour représentants nationaux : Raimundo Ela Nsang, Secrétaire exécutif (France) ; Francisco Ela Abeme (Tenerife) ; Miguel Eson Eman (Espagne) ; Carlos Abaga Ayingono (Allemagne) ; Samuel Mba Mombe (Cameroun) ; Juan Epita Whandya (Gabon).

CORED Raimundo Ela & Others

Outre les remous médiatiques et les controverses sur les réseaux sociaux, force est de constater qu’il y a toujours dans la CORED des personnages emblématiques et des opposants ayant exercé depuis longtemps des responsabilités dans diverses formations ou plate-formes d’opposition, comme le Dr Samuel Mba Mombe, et Miguel Eson Eman.

L’avenir seul dira si, à long terme, les séquelles de cette crise causeront l’échec de cette jeune coalition, ou bien si elle saura s’en servir comme d’un tremplin pour rebondir et développer son action.

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Merci à Diario Rombe pour son reportage.

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.© Association France-Guinée équatoriale

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