Casa de Cultura de Rebola : La jeunesse proteste contre le limogeage de Benjamin Choni

Par | on 31 août 2015 | 0 Comment

Manif Rebola Aout2015 2+Depuis les années 1970 la fête de saint Dominguito del Val (31 août) est un événement célébré chaque année à Rebola, avec des activités culturelles diverses, mais cette fois les festivités ont pris un tour inattendu…

En effet, le 25 août dernier, Rebola a connu une soirée houleuse quand, devant une centaine de personnes, et notamment des enfants et des jeunes, le directeur de la Maison de la Culture (Casa de Cultura ou CCR), Benjamín Buachebitá Choni Lola, a annoncé la fin de sa mission. A la lecture de la page Facebook de la Casa de Cultura, on comprend que ce départ n’est pas un choix libre et consenti mais le résultat de pressions : “Ce fut une belle histoire… 6 ans d’opportunités culturelles pour Rebola, Bioko et la Guinée Équatoriale…“, mais aussi “6 ans de pressions, de menaces, de torture psychologique…

Les gens du PDGE [le parti au pouvoir en Guinée équatoriale] n’ont jamais vu d’un bon œil le fait que la Maison de la Culture de Rebola soit gérée par des esprits libres, non affiliés au PDGE. Et comme on le sait bien, ceux-ci ne sont guère intéressés par la formation de la jeunesse de Rebola, la seule chose qui compte pour eux, c’est que les jeunes sombrent dans l’alcoolisme pour qu’ils puissent mieux les manipuler à leur guise…”, rapporte une habitante de Rebola.

Manif Rebola 4D’après des villageois de Rebola, ce qui a mis le feu aux poudres serait la publication d’un CD de rap dans lequel un groupe de jeunes Équato-guinéens qui chantent en bubi [la langue des autochtones de l’île de Bioko] dénoncent les malheurs dont souffre la population. Dans une chanson, en particulier, la n°8, jugée “attentatoire aux lois nationales“, ils insinuent que les étrangers qui sont en Guinée ne contribuent pas au bien-être du peuple et qu’un jour ils quitteront le pays. Diamantino Sopale Buhabilá, président du PDGE de Rebola, et Paulino Bololo, Vice-président du Comité de suivi du PDGE pour Bioko Nord, auraient alors alerté la Secrétaire d’État, Maria Leonor Epam Biribe, député de Rebola, et le Ministre de l’Intérieur, Clemente Engonga Nguema Onguene.

Convoqué par ce dernier, le mercredi 19 août, le directeur du CCR, Benjamin Choni, s’est vu reprocher une posture ambigue : “Les actions de CCR ne sont pas apolitiques“, a affirmé le ministre qui voit derrière le CCR la main de la CPDS (parti d’opposition) et du MAIB (parti séparatiste interdit). Choni a objecté que des chanteurs qui s’expriment en fang comme Ayoguening ont participé, eux aussi, au festival de hip-hop de Rebola, depuis 2007, qu’ils sont parfois allé beaucoup plus loin dans leurs paroles, n’hésitant pas à critiquer le fils du président, or ils n’ont jamais été importunés par le régime.

Malgré tout, le ministre aurait pris la décision de retirer à Choni la direction du CCR pour la confier, très probablement, à des militants du PDGE. Cette mesure jugée “politique” a déclenché la colère des jeunes de Rebola qui ont improvisé, dans  la soirée du 25 au 26 août une manifestation au cours de laquelle on pouvait lire des slogans comme “Sans Benjamin, il n’y a pas de Maison de la Culture, nous somme la voix du peuple“, “Nous ne faisons pas de politique, mais de la culture“, ou bien encore : “Ce sont les enfants les plus affectés…”

Manif Rebola 5

Nous n’avons pas d’informations détaillées sur l’intervention de la police et de l’armée qui s’est produite à Rebola, et au cours de laquelle des coups de feu ont été tirés en l’air pour disperser les manifestants, mais nous savons qu’une dizaine de jeunes ont été arrêtés et sont encore en détention à cette heure.

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